La migration du plaisir

Posted on 16 octobre 2012

Les migrations du plaisir, le long des boulevards extérieurs, soulignent les rapports de curiosité, d’attirance, d’indifférence, de dégoût et parfois de haine qui s’établissent, aux différentes époques et aux différents emplacements, entre les partenaires du plaisir.

Sur les barrières, le peuple, ce sont surtout les voyous et les jeunes et jolies filles qui accourent en foule et de partout. C’est la grande différence entre les boulevards et les barrières. La débauche s’installe, sous toutes ses formes, les plus dangereuses étant la prostitution, le jeu et enfin le crime. Les témoignages sur la dégradation de cette partie orientale des boulevards ne feront que s’accumuler par la suite. À la fin du XIXème siècle, on accuse Montmartre de jouer le rôle anciennement dévolu au Palais Royal, d’être ce ”cloaque” que Léon Daudet accuse ”de déverser sa lie sur le boulevard”*. Tous les éléments du plaisir sont là: l’attirance des plaisirs populaires et avant tout de celle de la crapule, la seule virilité qui soit et des lieux où elle éclate, d’où l’attirance des boulevards extérieurs et des plus malodorants, des plus terribles de tous, ceux de Montmartre. Montmartre, de la même manière que le Boulevard, offre la liberté de mener ses pas au hasard, d’errer à sa guise en toute liberté, de faire un détour, de revenir en arrière, de se mêler à la foule ou de l’éviter, de choisir ses rencontres et de changer de partenaires, en un mot: de chasser.Il n’est pas inutile, dans les descriptions des paysages montmartrois du plaisir, de comparer les différents lieux d’amusement ou d’ébats voluptueux, leur succès et leur déclin. À noter aussi, que pour un même lieu décrit, à la même époque, les appréciations et commentaires seront pour l’un, l’endroit lié aux souvenirs merveilleux de son actuelle jeunesse, pour un autre un espace qui semble sans intérêt: ”de mon temps, c’était autre chose…” Dans l’histoire des faits divers de Montmartre relatés dans les pages qui vont suivre c’est la logique des articles du plaisir qui sera mise en place. Les faits relatés ou romancés, par Balzac, Sue ou Zola sont également des événements vécus enregistrés dans la mémoire des lieux.

*Léon Daudet, Paris vécu, Première série: Rive droite, 1928, page82, Collection Bouquins, Robert Laffont, Paris, 1987.

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.