Le théâtre des plaisirs

Posted on 20 novembre 2012

Les boulevards continuent d’être le principal théâtre des plaisirs parisiens dans les débuts de la Troisième République, comme ils l’étaient précédemment.

Ils s’adaptent aux plaisirs et ne rappellent que de loin la promenade enchantée de Balzac. Ce triomphe du sexe n’est pas sans présenter certains inconvénients. Ces derniers s’accroissent, avec la sexualisation de l’ensemble, du décor, du public, de toutes ces classes sociales mélangées qui ne répugnent plus à se frotter ”l’épiderme”.

On n’attend plus que le monde des artistes, c’est à lui de donner le signal, de transformer la fête de barrières en féerie – Manet, après avoir habité rue de Douai, puis boulevard des Batignolles dans les dix dernières années de sa vie, s’installera rue d’Amsterdam vers 1879. – Renoir arrive à Montmartre peu avant la guerre de 70 et on trouve sa trace rue Saint-Georges et rue Frochot. La peinture sera la base même de l’histoire de la fête à Montmartre, de ses plus grands moments.

Le Montmartre festif que nous brossent les peintres est celui des distractions de la société élégante des rues du Neuvième arrondissement et de la brave, bonne et belle population travailleuse du voisinage et des rues proches de la place Pigalle, de la place Blanche et du boulevard de Clichy. ”… Voici le beuglant riche et mondain, où on ne craint pas de fréquenter le beau monde… Tout est comble… Dans les loges quelques femmes du monde, et partout, à toutes les places… des personnages graves, à physionomie officielle, la rosette à la boutonnière… Puis, aux mêmes places, les coudoyant, des filles, des commis, des valets de chambre… On sent là, presque sans barrières entre eux, la femme tonifiée et la mondaine, les repris de justice et les magistrats…”* Pour Degas, les blanchisseuses et les repasseuses, à partir de 1880 remplaceront, de plus en plus, les danseuses. En cet instant le décor du plaisir de Montmartre, c’est le boulevard Rochechouart et ses environs immédiats dont le centre est le cabaret de Bruant. Les établissements du voisinage bénéficient de cette synergie. L’Elysée Montmartre est, à quelques pas, une chance pour Toulouse-Lautrec. Sa vie constitue, à elle seule, un document sur les plaisirs du boulevard Rochechouart.

*”Les gens chics venaient voir et entendre cet Aristide Bruant qu’on leur avait dit être un homme extraordinaire et ils pouvaient chaque soir le voir aller et venir dans son cabaret comme un tigre dans sa cage.” Maurice Donnay, L’Esprit montmartroisin Louis Chevalier, Montmartre du plaisir et du crime, page153, Robert Laffont, Paris, 1980.

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.