La première fête

Posted on 23 janvier 2013

Grâce à l’installation de l’Hippodrome, désormais, du square d’Anvers à la place de Clichy, le décor de la fête n’est qu’un parcours de lumière et de bruit: des théâtres pour tous les goûts, pour rire, pleurer ou frémir de peur, des programmes qui changent régulièrement, des cafés-concerts et des music-halls, des bals, des cabarets littéraires, le cirque Médrano, et à partir de 1907, des cinémas. Et, entre ces établissements, de nombreux cafés où des orchestres débordent, l’été, sur les trottoirs. Voilà rassemblée sur un seul parcours, une abondance de divertissements qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans Paris. Cette fête a lieu du côté du boulevard de Clichy, de la place Blanche et de la place Pigalle. Le grand décor de lumière s’étend désormais, grâce à l’Hippodrome, jusqu’à la place Clichy. L’Hippodrome avec ses spectacles de fauves et de lutteurs, avec la foule immense est le lieu, par excellence, de la fête populaire. ”Un public de vieux rentiers paillards qui venaient avec des filles qu’ils entretenaient[…] des presque vieillards vicieux et des poules intéressées[…] beaucoup de commis voyageurs attendant l’heure d’un train à la gare de l’Est[…] la douce quiétude d’un mélange de café-concert et de maison close[…] Le Casino de Montmartre, sur le boulevard de Clichy, en face des Quat’Zarts dont la direction était la même. L’établissement était très couru et très populaire. Aux matinées se pressait un public composé, pour une part, de passants désœuvrés et pour l’autre de tous les maquereaux, barbeaux, souteneurs dont Montmartre était la capitale.”*

Le bonheur est en effet le raccourci du plaisir du boulevard de Clichy, non seulement pour les filles, les mauvais garçons, mais aussi pour les badauds. Les promeneurs sont d’autant plus nombreux, que le 2avril 1903, une ligne de métro s’ouvre. Ses stations vont avoir des incidences importantes sur le plaisir, son décor, sa fréquentation et aussi sur sa criminalité.

Désormais, au lieu de parler de la place Pigalle ou de la place Blanche on dira Pigalle et Blanche.

Maurice Chevalier, Ma Route et mes chansons, page 99, Hachette, le Livre de Poche NÅã 552, Paris, 1957.

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