Le déclin de l’Abbaye

Posted on 14 août 2012

En 1548, Henri II1 place à la tête du couvent de Montmartre, Catherine de Clermont, la première abbesse de haute naissance. Elle trouve une abbaye en situation financière déplorable, les dépenses de la communauté sont trois fois plus fortes que ses ressources.

Le 11 novembre 1567, sur le terroir de la Goutte d’Or, les Protestants, emmenés par Condé et Coligny, affrontent l’armée royale et battent en retraite après avoir incendié les moulins en bois de La Chapelle. Cette bataille a été, à tort, nommée bataille de Saint-Denis.

En 1590, le roi de Navarre assiège Paris avec 12000 hommes, il campe sur la Butte et se loge à l’abbaye. L’abbesse de Montmartre, Claude de Beauvilliers, a 17 ans… Sur le séjour que le Vert- Galant fit à l’abbaye, on sait peu de chose. Pour certains, il prit grand soin du monastère. Pour les autres, l’abbaye devint un lieu de perdition, où l’exemple du roi et de l’abbesse fut suivi par ses lieutenants et les nonnes. L’abbaye de Montmartre est surnommée ”le magasin des putes de l’armée”. Quand le roi de Navarre lève le siège de Paris, Claude de Beauvilliers le suit. Elle lui présente sa cousine, Gabrielle d’Estrées qui la supplante. En dédommagement, Henri IV donne à Claude de Beauvilliers, l’abbaye de Pont-aux-Dames.

En juillet 1593, il revient à Montmartre, après son abjuration dans l’église Saint-Denis et fait allumer un grand feu de joie en l’honneur de ses victoires. En 1598, L’abbaye que trouve Marie de Beauvilliers, sœur de la précédente, est en piteux état2: La crosse abbatiale est en gage, la grange est saisie, les bâtiments tombent en ruine et l’on ne trouve plus de meubles pour agrémenter la chambre de l’abbesse. Elle remet de l’ordre dans la communauté, fait réparer les bâtiments.

Le 13 juillet 1611, Marie de Beauvilliers fait restaurer le Martyrium. Lors des travaux, une cave située en dessous de la crypte, est mise au jour. Elle est aussitôt présentée par l’habile abbesse, comme l’oratoire où saint Denis, célébrait la messe. L’émotion à Paris est considérable. Marie de Médicis et toute la Cour s’y rendent, 60000 personnes les suivent. C’est le renouveau du pèlerinage. Profitant de la manne financière générée par les pèlerins, Marie de Beauvilliers s’emploie à continuer de restaurer son abbaye. En 1622, la chapelle du Martyrium est transformée en prieuré des saints Martyrs. Cet acte consacre la division du monastère en deux, bénédictines d’en haut et d’en bas, abbaye d’En Haut et d’En Bas. Entre l’Abbaye d’en haut et le Prieuré d’en bas, la duchesse de Guise fait construire une longue galerie3. Ayant perdu son prestige en raison du pèlerinage, le monastère d’en haut est peu à peu délaissé au profit du prieuré d’en bas et aboutit à son abandon et, en 1681, à sa destruction.

1 Le Concordat signé entre le pape Léon X et François I accorde au roi la nomination des abbés et abbesses. 2 Sauval in Jacques Hillairet, Connaissance du Vieux Paris, page136, Minuit, Paris, 1956. 3 Une galerie qui l’on voit sur la gravure dans le texte « La fondation de l’abbaye ».

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