Modernité de la Commune

Posted on 1 novembre 2012

Mais, il convient d’insister sur deux aspects essentiels qui mettent en évidence la modernité de la Commune: la question des femmes et celle des étrangers.

Les femmes ont pris une part massive aux mobilisations et se sont organisées en comités de quartier. Si Louise Michel est bien connue, il ne faut pas oublier Elisabeth Dimitrieff qui a créé la première Union des femmes. Plus de mille d’entre elles passeront en conseil de guerre et les ”pétroleuses”, accusées d’avoir incendié les maisons bourgeoises, seront flétries par de célèbres écrivains, tel Alexandre Dumas fils : ”Nous ne dirons rien de leurs femelles par respect pour les femmes à qui elles ressemblent – quand elles sont mortes”. Quant aux étrangers, ils furent des centaines à participer à la Commune et, fait unique dans l’histoire mondiale, plusieurs d’entre eux occupèrent des postes de direction : les meilleurs généraux étaient polonais (Dombrowski et Wroblewski) et le ministre du Travail fut un Juif hongrois, ouvrier bijoutier, Léo Frankel : ”considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent […], la commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l’admission du citoyen Frankel”. De ces 72 jours, Marx, Engels, Lénine, Trotsky ont tiré de nombreuses leçons. Tous sont d’accord pour souligner les principales faiblesses de la Commune : elle a montré les limites de la spontanéité des masses, leur fantastique essor s’est accompagné d’une tendance à s’arrêter en chemin et à se contenter des premiers succès. Malgré lui le prolétariat parisien s’est retrouvé au pouvoir et, dépourvu de direction révolutionnaire consciente, il a laissé passer toutes les occasions d’écraser son ennemi. Ses deux principales erreurs furent de ne pas immédiatement marcher sur Versailles et de vouer un respect sacro-saint à la propriété privée et notamment à la Banque de France (qui finança largement Versailles). Avec la Commune, Marx s’est vu renforcé dans son idée que ”l’État bourgeois ne se réforme pas mais doit être brisé et remplacé par d’autres institutions”. La Commune avait commencé à le faire mais très timidement et les représentants de cet État bourgeois à qui les atermoiements de la Commune avaient donné la possibilité de se reconstituer à Versailles. La leçon essentielle de la Commune a été démontrée par toutes les expériences révolutionnaires ultérieures : ”jamais une insurrection populaire spontanée n’est parvenue à renverser un régime capitaliste et à assurer le pouvoir des travailleurs. La nature de l’organisation est au moins aussi importante que son existence”.

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