L’héritage de la Commune

Posted on 6 novembre 2012

C’est dans cette solidarité, individuelle et collective que se recueille à Montmartre, l’héritage de la Commune, dans l’orientation vers une société sans classes.

L’identité montmartroise s’est constituée autour de cette communauté d’appartenance*” remplaçant l’individu partiel, simple support d’une fonction accessoire, par l’individu épanoui dans sa totalité et pour lequel diverses fonctions sociales seront des formes d’occupation se relayant”**: la Commune, constituée comme une collectivité composée d’individus nouveaux, des ouvriers, des anarchistes, des artistes, des criminels et des jouisseurs rassemblés en une communauté radicalement nouvelle, Montmartre élargi au Dix-huitième arrondissement: synthèse censée libérer l’individu totalement épanoui. Et c’est en lui que résonne l’espérance du contenu final: ”l’identité du Nous avec soi-même et avec son monde, à la place de l’aliénation”. ”À cela s’ajoutait, surtout, l’idéal du Citoyen, hommage rendu à la généralité humaine présente dans chaque personne […] Rarement la généralité avait-elle atteint un niveau plus sublime, rarement le principe d’une législation générale avait-il été anticipé avec plus de rigueur dans la maxime de chaque volonté***.” Dans la jeune Commune, l’élan de libération déclencha une pulsion destructrice. ”Le feu devant eux! le feu! le feu! Celles des femmes qui n’avaient pas été tuées place Banche se rabattirent sur les plus proches, place Pigalle. On venait d’élever une barricade dans des rues derrière la chaussée Clignancourt, à main droite en venant du delta […] Les Batignolles, Montmartre étaient pris, tout se changeait en abattoir, l’Elysée-Montmartre regorgeait de cadavres****.” Cette pulsion qui, par une belle après-midi paisible, fut cause de l’exécution des généraux Lecomte et Thomas, de l’incendie des Tuileries et de l’Hôtel de Villeou de la mise à bas de la colonne Vendôme: ”parce que c’était amusant de la voir se briser sur le sol*****.” À ce plaisir s’ajoutait un besoin moins défini qui s’éveilla dans le lieu le plus propice à son apparition: dans Paris isolé et les hauteurs des faubourgs de Montmartre et de Belleville.Au-delà des fortifications, dans la plaine, au soleil couchant, dans un monde à la fois proche et étrange s’écrivaient de grands événements******.

*Karl Marx, Mega, I, 3, page513, 1845 Ernst Bloch, Le principe espérance, tomeIII, les images souhaits de l’Instant exaucé, traduit par Françoise Wuilmart, page66, Gallimard, bibliothèque de philosophie, Paris, 1959. **Ernst Bloch, Le principe espérance, tomeIII, les images souhaits de l’Instant exaucé, traduit par Françoise Wuilmart, page69, Gallimard, bibliothèque de philosophie, Paris, 1959. ***Louise Michel, La Commune, histoires et souvenirs, page235, nouvelle édition, La Découverte, Paris, 1999. ****”Le renversement de la colonne Vendôme, symbole de force brutale, affirmation du despotisme impérial, fut décidé, ce monument étant attentatoire à la fraternité des peuples. Courbet dans un chaleureux appel disait: ”Chacun se livrant sans entraves à son génie, Paris doublera son importance. Et la ville internationale européenne pourra offrir aux arts, à l’industrie, au commerce, aux transactions de toutes sortes, aux visiteurs de tous pays un ordre impérissable, l’ordre par la mort dans Paris…” Louise Michel,La Commune, histoires et souvenirs, page152, nouvelle édition, La Découverte, Paris, 1999. *****”La germination extraordinaire des Idées nouvelles les surprit et les terrifia, l’odeur de la poudre troubla leur digestion; Ils furent pris de vertige et ils ne nous le pardonneront pas.” Jean-Baptiste Clément, La Revanche de la Commune in Louise Michel, La Commune, histoires et souvenirs, page114, nouvelle édition, La Découverte, Paris, 1999.******”Aux cheveux blonds et aux yeux bleus…, trapu, les épaules carrées qui tomba dans le cimetière Montmartre par une nuit embaumée du parfum des fleurs, tué par un obus qui, traversant les branches, couvrit de pétales la tombe des insurgés.” Louise Michel, La Commune, histoires et souvenirs, page121, nouvelle édition, La Découverte, Paris, 1999.

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.