Le chant de Montmartre

Posted on 16 janvier 2013

”Montmartre se montrait à leur imagination, gorgé d’éloquences, de désirs, d’épouvantes et de toutes ces fureurs que notre éducation romantique et politique nous dispose à concevoir comme généreuses et fécondes; gorgé, jamais saturé, et prêt encore à recevoir quelque ivresse nouvelle. Ces maisons basses, ces ombres qui passent auprès d’eux dans la nuit, ces marchands de vin éclatants, toute cette vie installée sur cette terre glaise, à moindre impulsion, ne va-t-elle pas glisser sur la ville?”

*La sensibilité de Barrès et l’attirance qu’il ressent pour ces révoltés, l’amitié qu’il a pour plusieurs d’entre eux, lui permettent d’éclairer sous un autre jour l’anarchie montmartroise, et la physionomie de ses héros. L’esprit de Montmartre est né du sang de la Commune: ”l’ironie contre la force”**. Montmartre a commencé à écrire, au cœur de la bataille, un nouveau chapitre que Vallès provoque et que Louise Michel7, figure légendaire du mouvement ouvrier, porte-drapeau de l’anarchisme, met en œuvre. En novembre 1870, elle est présidente du Comité de vigilance républicain du Dix-huitième arrondissement. Pendant la Commune, elle est garde au 61 ème bataillon, ambulancière et anime le Club de la révolution. Dans la nuit du 17 au 18mars, le comité de vigilance du Dix-huitième arrondissement, dirigé par Théophile Ferré et Louise Michel, monte à l’assaut de la butte Montmartre. Louise comme son ami Ferré sont de ceux qui pensent qu’il faut en finir avec le gouvernement de Versailles et Thiers. Ils ne sont pas écoutés. L’occasion est manquée. Louise Michel fait partie de la frange des communards la plus révolutionnaire. La presse bourgeoise la surnomme ”la Louve Rouge”***. Faite prisonnière lors de l’écrasement de la commune, elle assiste aux exécutions, mais échappe à la peine de mort. Ayant vu mourir tous ses amis et surtout son compagnon, Ferré, elle réclame la mort au tribunal****. Elle est condamnée le 16 décembre 1871 à la déportation dans une enceinte fortifiée.Les vies de Barrès ou Louise Michel ”les pères et mères fondateurs”, pour ne prendre que celles-ci, imposent une relecture de l’histoire anarchiste, et des images largement diffusées de l’anarchiste saint/martyr, du dangereux terroriste, poseur de bombes ou bandit de droit commun ou celles de l’utopiste.

Les réalités anarchistes du Montmartre passé sonnent comme un âge d’or.

*”Les boulevardiers qu’on croyait représenter l’esprit français ne se rappelèrent pas que c’est surtout dans le péril que cet esprit montre sa moustache… Ce n’est pas qu’ils manquaient de courage! C’est bien pis, ils manquaient d’idées et de conviction […] Mais un autre rire est né… au lieu du rire canin de Villemessant, le rire altier de Proudhon, le rire saignant de Montmartre.” Jules Vallès, le Cri du Peuple, 1871, page158, la Pléiade, Gallimard, Paris, 1978. **”Cette femme était, dans l’exercice de ses fonctions d’institutrice, aimée et estimée dans le quartier, on la saluait. Au 18mars, sans abandonner son institution qu’elle négligea pourtant en laissant la direction aux sous-maîtresses, Louise Michel, d’une imagination exaltée, se livre avec ardeur à la politique, elle fréquente les clubs où elle se distingue par un langage qui rappelle les énergumènes de 93; ses idées et ses théories sur l’émancipation du peuple fixent sur elle l’attention des hommes…” Henri Lissagaray, rapport d’audiencepublié dans le Cri du peuple le 4avril 1872, in Louise Michel, La Commune, histoires et souvenirs, page292, nouvelle édition, La Découverte, Paris, 1999. ***”Un visage aux traits masculins, d’une laideur de peuple, creusé à coups de hache dans le cœur d’un bois plus dur que le granit… telle apparaissait, au déclin de son âge, celle que les gazettes capitalistes nommaient la Vierge rouge, la Bonne Louise”Laurent Tailhade, source Internet. ****”Ce qu’elle a de plus remarquables, ce sont ses grands yeux d’une fixité presque fascinatrice. Elle regarde ses juges avec calme et assurance, en tout cas avec une impassibilité qui déjoue et désappointe l’esprit d’observation, cherchant à scruter les sentiments du cœur humain.” Henri Lissagaray, rapport d’audiencepublié dans le Cri du peuplele 4avril 1872, in Louise Michel, La Commune, histoires et souvenirs, page 292, nouvelle édition, La Découverte, Paris, 1999.

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.