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En 1874: Le triomphe de l’école historique

Posted on 20 novembre 2012

L’année 1874 est celle du concours de Montmartre et aussi celle de la reconstruction de l’Hôtel de Ville de Paris (les mêmes architectes répondront aux deux consultations). Pour Montmartre, soixante-dix-huit projets ont été déposés qui donneront lieu à toutes les contestations tant esthétiques, doctrinales que théologiques Au jury, on trouve les architectes: Violet le Duc, Guillaume, Labrouste et Albert Lenoir, deux représentants de la Ville: Alphand et Ballu, deux politiques : de Cardaillac et Chesnelonge et les membres de l’OEuvre du Voeu National.

Les résultats du concours* montreront l’emprise des rationalistes: ”le concours est une consécration officielle de cette tendance face à la tradition académique qu’elle conteste”. Abadie était depuis plus d’un quart de siècle architecte diocésain dans le sud-ouest de la France après avoir commencé sa carrière, en 1845, comme inspecteur de la restauration de Notre-Dame de Paris, sous les ordres de Jean Baptiste Lassus et de Viollet-le-Duc. Cette carrière officielle, en grande partie provinciale, est marquée par l’appartenance au corps des architectes diocésains (Paul Abadie ne partageait pas les convictions religieuses de ses commanditaires, il appartenait, plutôt à la mouvance des libres-penseurs), en rivalité avec les architectes des Bâtiments civils (lauréats du prix de Rome qui leur assurait le privilège de la commande publique): le concours de Montmartre est la preuve du triomphe de l’école de Viollet-le-Duc. Sur un site, souvent convoité, les promoteurs du Voeu se proposent d’évoquer l’abbaye de Montmartre, établie au XIIème siècle sur le sommet de la Butte, le lieu, finalement annexé par le clergé pour y édifier le Sacré-Coeur, devient rapidement une page d’écriture de conflit à venir.

*Louis Cernesson, Concours pour la construction d’une église du Sacré-Coeur à Montmartre, collections 47 à 48 et 181 à 185, La Revue générale de l’architecture et des travaux publics, Paris, 1874. 

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