En 1879 et 1880

Posted on 3 décembre 2012

La plus ancienne contestation publique est celle du député Eugène Spuller, le 7 juin 1879. Dans une séance sur la réforme de l’enseignement supérieur, ”il qualifie cette pratique d’adorer le Christ, de répugnante”: premier accrochage.L’ouverture des hostilités officielles est due à Jean Adolphe Lafont, membre du conseil municipal de Paris. Il émet une proposition, renvoyée en commission d’où elle ne reviendra pas. ”Le 24 juillet 1873, une assemblée française […] voulut manifester par un acte éclatant sa haine furieuse contre la capitale détestée, incarnation de la République, dont son impopularité lui interdisait l’accès. Abusant de sa toute puissance, elle imposa à Paris un véritable monument expiatoire, une basilique consacrée à la dernière expression du fétichisme catholique. Elle devait être l’évocation colossale du passé et comme une sorte de stigmate pour la France entière: Gallia pœnitens […] Le conseil municipal élu de Paris n’a jamais été consulté. Peut-il laisser sans protestations s’achever un édifice, symbole insolent de l’intolérance et du fanatisme?”**

C’est le point de départ d’une contestation systématique qui est plutôt centrée vers une modification, une transformation du projet. La proposition rappelle que les démarches d’obtention du terrain, l’ont été sans consultation du Conseil Municipal de Paris. Tous les arguments sont en place (comme autant de malentendus): humilier Paris, lui faire expier les crimes de la Commune, réagir contre la République et la modernité, imposer une dévotion contestable.

Pour le Conseil, les terrains du Sacré-Cœur faisant partie de la mense épiscopale, appartiennent de droit à l’État qui peut en disposer à son gré. De plus le Sacré-Cœur ne respecte nullement, selon lui, les gens du quartier qui sont anticléricaux.

*Maurice Morin, Rapport du Conseil Municipal sur le Vœu d’affectation des Lieux, 1880. **Jean Adolphe Lafont, Proposition d’un projet de délibération faite au conseil municipal du Paris lors de la séance du 3août 1880. *** ”Atteints comme tous les religieux par l’article 72, les Oblats de la chapelle provisoire s’attendaient à être expulsés de leur résidence. Leur situation les désignait plus que d’autres à la haine sectaire […] Un agent de police réitéra cet avis […] Ce jour-là les pèlerins affluèrent plus nombreux à Montmartre où il ne s’est rien passé.” Paul Féval, les étapes de la construction du Sacré-Cœur, tomIV, page77, Grasset, Paris, 1903. ****Lettre du 29septembre1880de Mgr Guibert aux curés de Paris.

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