En 1902

Posted on 28 décembre 2012

À partir de 1902, lorsque les radicaux arrivent au pouvoir, l’isolement de l’église aboutira à un renversement total de tendance. Montmartre devient la cible des attaques antireligieuses. L’État, impuissant à effectuer la confiscation d’un édifice entièrement réalisé sur des fonds privés, s’attaque au symbole qu’il représente. Georges Clémenceau, alors maire du Dix-huitième tente d’en faire changer l’affectation à l’instar de Sainte-Geneviève, devenue Panthéon. Dans cette optique, l’histoire de Montmartre, est le reflet du conflit où s’affrontent une France, rurale et catholique, et une société urbaine et athée, issue de l’industrialisation.

En 1902, paraît le premier livre contre la dévotion au Cœur de Jésus et le sanctuaire de Montmartre, Les ”Cordicoles” de Gustave Téry. Universitaire, polémiste, responsable de l’Association nationale des Libres penseurs de France, il s’est déjà attaqué à la liberté religieuse des enseignants, aux divorcés, aux Allemands en France et à Jean Jaurès. Élevé religieusement par sa mère, il considère désormais le Sacré-Cœur principale forteresse de l’armée contre-révolutionnaire, comme le mal absolu qu’il lui faut haïr de toutes ses forces. ”La pièce maîtresse de la machine catholique; c’est bien ici, sur cette butte joyeuse, entre le Chat noir et le Moulin de la Galette, que bat le cœur de la chrétienté moribonde. La basilique est à la fois le point de concours et le foyer de toutes les forces vives du monde clérical. Tout converge vers le Sacré-Cœur ou en rayonne. Dans le corps ecclésiastique, il joue proprement le rôle de cette pompe aspirante et foulante, à laquelle les physiologistes comparent le cœur.””Le cordicolisme, voilà l’ennemi!”*  Pour Gustave Téry, les valeurs premières sont le Peuple et la Raison”. En leur nom, il est anticapitaliste, antimilitariste et anticlérical. L’église de Montmartre, œuvre indirecte des Jésuites récapitule, selon lui, ”tous les vices de la société passée et actuelle”. Il faut la transformer en palais du peuple. À ses yeux ”le christianisme cordicole, c’est Dieu qui s’est fait homme et le socialisme, l’homme qui s’est fait Dieu”. En 1904, Anatole France, dans son ouvrage ”L’Église et la République”, évoque dans le même paragraphe ”les quatre-vingt mille communards exécutés par l’ordre moral et de la France vouée au Sacré-Cœur”.

L’histoire de l’érection du Sacré-Cœur représente un extraordinaire sursaut de refus contre le changement des cultures et des mentalités à l’aube du XXème siècle. ”Très vite, les mouvements millénaristes sont devenus des mouvements anticléricaux”. Pour les opposants au Sacré-Cœur, le pouvoir politique républicain ne doit pas accepter cet acte religieux: les prières publiques sont supprimées en 1884; des procès-verbaux frappent les porteurs du drapeau national orné d’un cœur et les maires qui ont consacré leur commune au Cœur de Jésus. Ils condamnent sans appel la loi qui reconnaît l’utilité publique, cette loi étant interprétée comme l’acte officiel de consécration de la France au Cœur de Jésus, [porte] un tel venin qu’il n’y a pas de vote de l’Assemblée nationale qui soit rappelé et faussé par celui-là.”**

Gustave Téry, Les Cordicoles, page 101, Edition les Cordicolies, Paris, 1902. **Daniel Halévy,La République des Ducs, 1938, page28, hachette Pluriel N°8768, Paris, 1995

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