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Vers 1900

Posted on 27 décembre 2012

Le peintre Steinlen se positionne comme le tenant d’une tradition qui associe le Sacré-Cœur et la Commune, au profit bien sûr de cette dernière: en 1897, son affiche sert d’annonce à la publication du livre de Zola: ”Paris”, et représente au premier plan, comme sortant d’une mer en furie, une foule qui se tourne vers une femme aux seins nus émergeant des nuages. Au centre se dresse le Sacré- Cœur. Le roman de Zola paraît en librairie en 1898. Il fait suite à ”Lourdes” (1894) et à ”Rome” (1896). Les pèlerinages à Lourdes, à Rome ou à Montmartre, n’ont pas conforté, le héros l’abbé Pierre Froment, dans sa vocation. Le prêtre abandonne son ministère pour se consacrer à la fécondité, au travail, à la vérité et à la justice, les quatre valeurs fondamentales que Zola évoquera dans les Quatre Évangiles entre 1899 et1902. ”Il annonçait que Paris devenu chrétien allait être le maître du monde, grâce au Sacré-Cœur. Les Catholiques construisent cette borne géante pour faire expier aux artisans de progrès […] la Révolution, un siècle de libre examen, de science et de raison émancipée*.” La basilique tient une place importante dans la dérive anti-sacerdotale du héros (Froment): Il n’a pas trouvé à Montmartre ce qui l’aurait empêché de quitter les ordres. Le Sacré-Cœur, symbole de l’obscurantisme pour Zola, fixe aussi l’attention du frère, Guillaume Froment, chimiste spécialisé dans les explosifs, proche des milieux socialistes et anarchistes qui songe, un temps, à faire sauter le Sacré-Cœur, puis y renonce. Cette allusion littéraire correspond à la vague anarchiste de l’époque. Émile Zola tire parti du roman pour présenter, à sa façon, les quêtes et les prédications en faveur du Vœu National. Émile Zola ne relève pas des traditions qui rendent les crimes de la Commune responsables des motivations du Vœu National, bien qu’il fût de ceux qui approuvèrent unanimement la répression**, mais il est formellement contre le Sacré-Cœur. Le cardinal Richard s’identifie tellement à la construction du Sacré-Cœur que son visage est associé sur un placard à une vue de l’église. La ”Lanterne”, journal républicain anticlérical, diffuse en 1898 une affiche d’Eugène Ogé où l’on voit l’archevêque de Paris s’exclamant: ”Voilà l’ennemi!” renvoyant au mot d’ordre de Léon Gambetta en 1877. Un tirage existe sans le titre du journal et sert de matériel de propagande***. Le Sacré-Cœur de Montmartre se trouve vrai- ment au cœur de la lutte catholiques/anticléricaux du tournant du siècle. En 1899, le Sacré-Cœur est encore évoqué. Une femme en libératrice: Commune ou Marianne en tunique rouge brandit les chaînes des exploités qu’elle vient de délivrer et qu’elle entraîne à l’assaut de la forteresse du capital symbolisé par le Sacré-Cœur, un cavalier sabre au clair et le veau d’or!****

*Emile Zola, Les Trois villes, Paris, 1898, OEuvres complètes tome IV, page 879, la Pléiade, Gallimard, Paris, 1976. **”Les cadavres sont restés semés de la sorte un peu partout, jetés dans les coins, se décomposant avec une rapidité étonnante, due sans doute à l’état d’ivresse dans lequel ces hommes ont été frappés. Paris depuis six jours n’est qu’un vaste cimetière.” Émile Zola dans un article de 1871 in François Furet, La Révolution de Turgot à Jules Ferry, page 489, Hachette, Paris, 1988. ***8Un exemplaire se trouve au musée de Montmartre. Lithographie en couleurs, non datées, signée. Imprimée par l’imprimerie Charles Verneau, 114, rue Oberkampf, Paris. ****La Vision de Paris de Steinlen, Musée d’Orsay, inventaire R.F. 1970 – 15.


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