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Le Boulevard, son ombre et ses lumières

Posted on 5 septembre 2012

Au Sud de l’arrondissement – Une limite, au-delà de laquelle, il n’y a plus grand rapport avec le quartier du Sacré-Cœur: les boulevards de Clichy, de Rochechouart, le quartier du Plaisir, la ”Traînée lumineuse” de Miller, réchauffée par les néons du Moulin Rouge, jusqu’au Delta. Passée cette limite, le sentiment est autre.

Le plaisir n’est plus qu’un vieux cliché, dont le Moulin Rouge, totem défraîchi, entretient encore l’illusion tout comme le Lapin Agile. Le Radet surplombe un restaurant, la tempête de Noël 1999 lui a arraché une aile, et le Blute-fin enfermé dans une propriété privée, contemple dans sa solitude un panorama de Paris qui a bien changé. Il est terrible de constater que tous les lieux festifs ont disparu. Reste la poussière des souvenirs de ces gloires qui, d’Yvette Guilbert à Jehan Rictus, de Salis à Bruant ont fait briller Montmartre d’un éclat international. Montmartre possède une attirance innée, c’est ”le lieu où la ville a installé ses plaisirs”. Même si nous sommes loin de la ”Promenade enchantée” de Balzac, de la ”Traînée lumineuse” de Miller. Il y a un violent refus de la civilisation et de ses artifices entre Blanche et Pigalle; si le corps est mis en ”œuvre et en vente”, et si la nourriture revendique sa place, c’est parce qu’ils convoquent deux états naturels: l’appétit et le sexe. ”La chair est triste, hélas! et j’ai lu tous les livres” écrivait Mallarmé et elle s’étale, désabusée, de Blanche à Pigalle. Elle se regarde ou se consomme, souvent en solitaire dans des cabines individuelles ou derrière des lucarnes de peep shows. Comme elles sont loin, les rencontres occasionnelles et souvent gratuites des barrières et du terre-plein, la chair avait alors une odeur de terre… et de feuilles.

La mairie a ”civilisé” le terre-plein, mais il est toujours une ligne d’ombre entre le Montmartre du Bas et le Montmartre du Haut. Dès lors, l’investissement dans la transgression du plaisir, conduit à penser que ces envies (conduites) s’immiscent dans une performance de ”contrebande” sur les boulevards et dans les rues et cités adjacentes. Montmartre n’est plus un haut lieu du plaisir, hors du Moulin Rouge. Les touristes égarés sont en peine de retrouver les traces du plaisir de la grande époque. Dans cette recherche du plaisir de chasser, on peut qualifier Montmartre de lieu plaisant, lieu de liberté, de toutes les libertés.

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