Autant de lieux, autant de criminalités

Posted on 1 mars 2013

La criminalité du centre de Paris tournait autour des boulevards et surtout du faubourg Montmartre. Ses spécialités: le cambriolage nocturne qui tenait aux conditions favorables de lieu et de population, à l’entassement des richesses les plus variées, les plus tentantes, les plus faciles à prendre et à la présence de voyous nombreux et habiles à s’en emparer. À proximité des boulevards, flânaient un grand nombre de jeunes désireux ”d’apprendre”, et un plus grand nombre de moins jeunes qui ne demandaient qu’à les ”affranchir”. D’étranges bandes1 se formaient, différentes de celles des boulevards extérieurs.

La criminalité des arrondissements périphériques à Montmartre, faite de violence, non d’intelligence ou d’habileté, actes d’individus isolés qui profitaient d’un hasard, d’une circonstance favorable pour faire un mauvais coup, avait lieu en général la nuit, sur les boulevards extérieurs déserts, dans l’ombre ou dans les fossés des fortifs où les imprudents se laissaient tenter par des sensations fortes.

”Un jeune soldat en permission à Paris, pour Pâques, rentrait la nuit dernière chez ses parents, rue des Poissonniers, avec un camarade. Une bande de cinq individus leur chercha querelle boulevard Barbès. Le soldat reçut un coup de couteau dans le ventre. Les coupables sont des ouvriers du quartier, un imprimeur de dix-huit ans, habitant rue du Chevalier de la Barre, un peintre de dix-huit ans et un marchand des quatre saisons habitant rue des Poissonniers, un employé, habitant 7, boulevard Barbès.”*

La criminalité des barrières s’avérait plus le fait de bandes de quartiers, dont certaines portaient même le nom. C’est la force physique qui comptait: le plus fort, le plus redouté, celui qui se battait le mieux était le chef.

Les caractères généraux de la criminalité périphérique, l’importance du fait local dans le recrutement des bandes, expliquaient les différences entre les arrondissements criminels, nés sur l’emplacement des anciens villages. Autant de lieux, autant de criminalités. Le rôdeur de barrière faisait son coup seul ou en compagnie de deux ou trois voyous, sans préparation**. Souteneurs, ils le sont tous plus ou moins et semblent se recruter parmi les Parisiens d’origine.

La criminalité de l’Est. L’appât du plaisir et les bouleversements qu’il causait, apparaissait moins sensible dans les régions ouvrières de l’Est, de la Goutte d’Or aux pentes de Belleville.

La criminalité du boulevard Rochechouart, de la Goutte d’or, de La Chapelle, de La Villette, était souvent le dénouement sanglant d’une affaire de prostitution et d’argent, alimentée par la proximité du grand marché du plaisir du boulevard Rochechouart, de la place Pigalle de la place Blanche et l’appel du Moulin-Rouge.

Louis Chevalier, Montmartre du plaisir et du crime, page196, Robert Laffont, Paris 1980. ** Le Matin, le 4 juin 1889.

Related Articles:

buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

Be the first to leave a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>