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La “frontière“ entre crime et plaisir

Posted on 11 décembre 2012

Malgré l’avènement du Montmartre du plaisir à proximité des quartiers et malgré son influence que l’on devine, ces trahisons conjugales et ces histoires de jeunes filles qui tournent mal, ces ménages, que les faits divers mettent en lumière, ne diffèrent guère de ceux que décrivait Zola*. ”Le bilan de ces quelques années où je ne séjournai à Paris que par intermittence: le petit Pingouin pendu, agenouillé, lié par le cou aux rambardes des bornes de la rue du Mont-Cenis. Citien criblé de coups de couteau, comme il déménageait du côté de Saint-Ouen. Victor, le fils de Frédé, tué au comptoir d’un coup de revolver dans la nuque, comme il se baissait pour chercher de la monnaie dans le tiroir. Wiegels, le jeune peintre allemand, pendu dans son atelier de la place Ravignan. Et le petit gosse qui se suicida une nuit, après s’être accroché à nous en désespéré. Mais nous ne comprenions pas son attitude et nous le laissâmes courir à son destin après une simple poignée de main. Et le blond que l’on appelait Pierrot, intelligent malfaiteur, qui aimait tant sa petite chienne blanche, fut tué à coups de couteau et de revolver aux environs de la rue du Poteau. Il avait gravé, quelque temps avant de mourir, son nom sur le vieux mur du cimetière Saint-Vincent. Le plâtre égratigné montrait la signature toute blanche parmi les lettres. Après le meurtre de Pierrot, son père, accompagné de la petite chienne blanche du mort, venait chaque jour toucher du doigt la signature de son fils. Lagneau qui était grand, fort et bête, fut également tué à coups de couteau. Voilà pour ceux qui moururent de mort violente entre 1903 et 1910 et dont la mort fut officiellement contrôlée”.

Les jeunes voyous parisiens, venus des environs ou de lointains quartiers, peuplent indifféremment les pages des journaux qui relatent les faits divers de Montmartre et les pages de Mac Orlan, de Carco et de Salmon. Et lorsqu’ils prennent la parole ces mauvais garçons et mauvaises filles, évoquent leurs rêves d’aventure. Ces rêves font aussi partie du plaisir de Montmartre et d’autant plus que les grands collectionneurs de ces émotions fortes sont de plus en plus nombreux dans les parages: les coloniaux, les légionnaires et les bagnards.

Aux métiers de force du coin (la conquête des belles, des souteneurs, de videur de bals et de cabarets, de gardes du corps de personnages politiques, de déménageurs de meubles ou de coffres-forts), dans le paysage nocturne de Montmartre, les aventuriers de hasard ont l’honneur de se mêler à eux, de prendre un verre ou d’échanger leurs filles. Certains d’entre eux ont pris des “figures héroïques“.

*Pierre Mac Orlan, Villes: Montmartre, page45, Gallimard, Paris, 1966.

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

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