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L’élégance de l’assassin

Posted on 13 janvier 2013

Autre classique du genre, l’assassinat, dont les coupables sont des personnages élégants: chapeau melon, pardessus, souliers vernis, fine moustache, un doux parler, de bonnes manières, de la gentillesse, du charme. Ils ont la blondeur de l’aristocratie, la blondeur qui plaît aux filles qui jouent un grand rôle dans l’existence de ces messieurs, en tant que ”compagnes ou relation de travail”. Il faut reconnaître que la brute, toujours visible à La Chapelle, n’apparaît guère du côté du boulevard de Clichy et ne semble pas y être à la mode. Ici, ce n’est pas la force physique qui est la plus appréciée, la nuque épaisse, les gros bras, la quarantaine puissante, mais un air d’adolescence et tout ce que ces grandes sentimentales mettent dans ces expressions: le ”petit homme” et le ”beau gosse”*.

Il y a les histoires de bals, d’hôtels ou de logis de toutes sortes, les histoires du boulevard et les histoires de fortifs. Ce qui différencie les anecdotes, c’est qu’elles concernent moins l’ouvrier et l’ouvrière. Les histoires de bals sont des histoires de prostitution. Elles sont plus nombreuses ici et plus sanglantes qu’ailleurs.

Cependant, ”cette partie de l’enceinte parisienne est, en cette saison, un des coins les plus sinistres de la zone fortifiée. La nuit, rôdeurs et rôdeuses viennent partager les bénéfices de quelque méfait, tandis qu’au loin, gronde la rumeur formidable de Paris**.” La présence des filles et des souteneurs s’explique par le fait que les fortifs sont devenus le terrain de choix d’un autre public, celui des gens de qualité. Les batailles pour l’amour d’une femme enfiévreront parfois le boulevard dans des affrontements entre bandes venues d’ailleurs, de Saint Ouen, de Saint Denis ou de Belleville et qui se rencontrent dans le bas Montmartre, à mi-chemin entre domicile et ”travail”. ”La couturière, subjuguée par l’uniforme et la moustache conquérante du colonial, ébaucha une intrigue qu’un départ prochain du soldat pour la colonie vint troubler. Il voulut l’emmener avec lui. Elle refusa. Il déserta***.

*Le désespoir de Fernande était de ne plus croire assez au pauvre amour qui emplissait et déchirait sa vie: Jésus la Caille ne l’aimait pas. Ils n’étaient pas heureux. ” Francis Carco, Jésus la Caille, page 208, Mercure de France, Paris, 1914. **Le matin, année 1912. *** Annales de l’hygiène publique, Paris, 1900.

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

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