Les malfaiteurs étrangers

Posted on 8 février 2013

Les malfaiteurs étrangers occupaient la première place dans la criminalité. ”Pour la plupart des Orientaux, des Levantins ou des neutres, munis d’ailleurs de permis de séjours réguliers”*. Le malfaiteur suit sa victime à la trace. La présence d’Américains ou plutôt d’Américaines, ne pouvait manquer d’attirer, des malfaiteurs étrangers renouvelés par l’arrivée en force de Polonais, Roumains, Tchèques, Hongrois en contraste avec les Russes, brillants, bruyants, pathétiques, maladroits, délirants et individualistes, passionnés par le jeu et l’escroquerie. Au départ, la règle des parties était toujours la même: dépouiller de leurs bijoux le plus grand nombre possible d’Américaines, rassembler le tout dans quelque chambre d’hôtel de Pigalle et acheminer par Marseille les valises bourrées de trésors vers les harems et les comptoirs d’Orient**. 

De nouveaux venus apparaissent, promis à un grand avenir: les ”Noirs”et les Corses. Au Moulin-Rouge, dans la foule des danseurs, se mêlent les ”Noirs”. Ils vivent la vie des souteneurs, mais sont signalés de manière pittoresque, comme une curiosité de Montmartre, dans la description du ”milieu”. ”Il alla vers cette fille, lui vanta les délices de la religion. Seulement son protecteur – qui était un grand nègre -survint, sans que j’ai eu le temps de m’interposer, il le prit dans ses énormes mains et lui brisa les pouces…”***

*”La rue Lepic grouillait d’un piétinement serré. Sur ses trottoirs en pentes, elle retenait, entre les étalages et les voitures des revendeurs, des passants, ouvriers, des petites femmes, un flot d’équivoques flâneurs, des mégères, des nègres et des bourgeois. […] Max Jacob, tout à sa prochaine conversion, ne parlait que de la sainte Vierge, les messieurs et les dames en étaient ahuris… une demoiselle fatiguée de sa nuit pénétra dans sa vie,Max aussitôt tenta de la catéchiser…” Francis Carco, de Montmartre au quartier Latin, page104, Mercure de France, Paris, 1914. **”Une riche Américaine extravagante, comme toujours, fait la connaissance […] d’un élégant gentleman, le baron L…, noble slovaque, et de son secrétaire, également baron mais hongrois, le premier baron est fa […] Parties fines à Montmartre. C’est toujours à Montmartre que les choses commencent. Le baron slovaque arrose l’Américaine au champagne […]  Un peu de narcotique […] son coffre est ouvert. La voilà dépouillée de ses colliers, de ses bracelets, de ses bagues. Quelque temps plus tard, les barons seront arrêtés à Vichy. On découvrira leurs complices: un Serbe sans profession et un Hongrois, artiste chorégraphique, domiciliés l’un et l’autre rue Pigalle et qui servaient d’intermédiaires pour la vente des bijoux.” Le Matin, en août 1923. ***Francis Carco, de Montmartre au quartier Latin, page103, Mercure de France, Paris, 1914.

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

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