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Le plaisir Montmartrois

Posted on 18 septembre 2012

”Je serai sérieux comme le plaisir” pourrait être la devise de Montmartre. La conscience de ”seulement jouer” est reléguée à l’arrière-plan, la joie liée au jeu ne se mue pas seulement en tension mais aussi en transport. Ici, extravagance et extase constituent les deux pôles de l’ambiance plaisir.

L’espace (boulevards, terre-plein, cabarets, cinémas…), le temps (de la fin du dix-neuvième siècle au début du vingt et unième), le jeu et le plaisir des joueurs se sont opposés au mouvement d’érosion progressive du lieu et à la disparition des éléments du plaisir.

Dans le discours sur le plaisir parisien, le témoignage du peintre ne parvient pas à égaler celui du romancier: aussi bien dans le nombre que dans la précision des faits ou pour l’évocation d’un lieu. La page écrite contient davantage que le tableau: la magie des mots semble, parfois, plus grande que celle des couleurs. C’est une puissante vie collective qui laisse sa marque, dans ”les Tableaux de Paris” de Mercier, dans ”les Misérables”. Balzac, Vallès, Hugo, Barrès, Zola et aussi quelques autres diffèrent par leur style et leur genre littéraire, mais ils situent et consacrent des pages importantes à Montmartre. Les descriptions de la Butte qu’ils font ou suggèrent, Zola dans le naturalisme, Barrès dans la sensualité et la jouissance, décrivent souvent involontairement les mêmes lieux. La littérature confirme, précise, date, explique, approfondit et incarne des personnages et des situations, tandis que la presse se contente de relater, parfois brièvement même s’il s’agit d’une même description du décor, des mêmes personnages. Il s’agit en somme d’une vieille histoire sur la fidélité aux lieux, à leurs vieilles habitudes. ”II est des industries particulières à certains quartiers, il est des magasins et des boutiques qui vivent de la réputation que se sont transmise tous ceux qui les ont tenus, il en est de même de la prostitution: lorsqu’une maison a été pendant un certain temps habitée par des prostituées, elle ne peut plus servir qu’à cette classe; on a beau la métamorphoser, l’embellir et baisser le prix de location, personne ne veut l’habiter”*. Les fantômes du passé et leurs vieux repaires, que nous recherchons et rencontrons à Montmartre dans l’éclat de leurs beautés et de leurs légendes, sont souvent plus prisés que les plus souriantes devantures pour la magie du temps révolu et l’étrange pouvoir de la décrépitude.

Le thème essentiel de toutes les descriptions de Paris: les vieux décors, les façades écaillées, les ombres anciennes et les courtisanes désormais fanées, peuplent les promenades et les rêves des plus grands amoureux des lieux parisiens. Le canon de la description de Paris est donné à la fin du XVIIIème par Sébastien Mercier, mais la tonalité du plaisir c’est à Balzac qu’on la doit.

* Honoré de Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes, page1119, Collection Bouquins, tome, Robert Laffont, Paris, 1976.

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