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Dans la première partie du vingtième siècle

Posted on 10 février 2013

Le plaisir sur le boulevard, c’est un produit à vendre. L’après-guerre démarre en fanfare. Sans connaître exactement l’auteur de cette expression, cette période sera baptisée: les années folles*. L’épithète convient parfaitement à la frénésie qui s’empare de Montmartre. ”La salle, somptueuse, était pleine jusqu’aux portes. Jamais les spectateurs enthousiastes n’avaient assisté à rien de tout à fait pareil. Quand le rideau tomba, tout Paris dansa dans les galeries, jusqu’au matin.”**

Frénésie provoquée, sans doute, par l’afflux d’étrangers qui envahissent les coûteux établissements proches de la place Pigalle et de la place Blanche. Les grands-ducs russes ont disparu ou ont changé de rôle, mais nous retrouverons des Argentins, des Brésiliens, des Chiliens et surtout des Anglo-saxons. ”La France avait été l’héroïne qu’on était venue défendre. On l’avait aidée à vaincre[…] Paris, habillée de tricolore, s’offrait au monde avec ses meilleurs charmes et, féminin par instinct, faisait la roue parce qu’on la regardait. Paris était fardée de grandeur. Comme ces courtisanes que les vieillards veulent encore acheter, auxquelles les jeunes gens aspirent pour ce qu’elles portent en elles d’expérience. Paris hypnotisait les vieux peuples et les nouveaux.”**En effet, les Américains et les Américaines sont, dans l’après-guerre, les principaux acteurs de la fête montmartroise.

”En 1919, il était impossible de traverser la place Pigalle, après minuit, sans entendre les coups de revolver des Américains ivres; Il régnait une lumière de meurtre… La place était secouée de la révolte noire, l’indignation des filles et de leurs hommes, la peur et la fureur des nègres […] C’est la France ici, c’est pas Chicago[…] cria un grand diable, qui appuyait sa patte grasse et baguée sur l’épaule d’une femme, ils nous font chier, les Sammies!”**** Fitzgerald évoque le ”Retour à Babylone”. ”Retrouvant Paris, c’est mon toit que je crois retrouver. […] Partout des visages détendus, bon enfant, tout est douceur de vivre […] Tout le monde vit bien et dort de même. Ah! que j’aimais Paris! J’ai été conquis et ne l’ai pas oublié.”*****

Même si Montmartre, plus rapidement que d’autres quartiers de Paris s’est mis à l’heure américaine, dans ce Paris de l’après-guerre naît un nouveau lieu de plaisir: Montparnasse fréquenté par les Américains de Paris, intellectuels, artistes, amis d’Hemingway ou de Miller que nous retrouverons à Montmartre en 1930.

*”Un tourbillon d’idées folles envahit la littérature.” Maurice Sachs, la Décade de l’illusion, 1923, page105, Collection Garnier Flammarion N°708, Paris, 1983. **Raymond Radiguet, Le Bal du Comte d’Orgel, page179, Gallimard, Collection Folio N°1476, Paris, 1981. ***Maurice Sachs, la Décade de l’illusion, 1923, page86, Collection Garnier Flammarion N°708, Paris, 1983. ****Louis Aragon, Aurélien, page329, Gallimard, Collection Folio N°1750, Paris, 1987. *****John Steinbeck, Au Dieu inconnu, page58, Gallimard, Collection Folio N°1232, Paris, 1988.

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

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