Les mondanité est les loisirs populaires

Posted on 13 février 2013

Le beau monde qui a toujours joué un rôle dans Montmartre se fait plus rare. ”Il est un point de la vie de Paris qui la différencie de toute autre ville d’Europe et complètement de toute grande cité américaine, c’est que tout y est concentré dans un milieu, un milieu unique… Il semble qu’à Paris, chaque état de la société, chaque classe, chaque chapelle d’esprit ait délégué quelques membres à une sorte d’États généraux; une chambre du plaisir et du savoir. On ne remarque pas à Paris ces cloisons étanches auxquelles on se heurte à New York. La meilleure société américaine ne fraie pas avec ceux qu’on nomme les artistes. Lorsqu’on connaît un milieu de New York, il faut en connaître dix autres. Lorsqu’il y a grande soirée à l’opéra, on a une chance de voir un panorama complet de tous les états secrets de la ville.”Le Tout-Paris de l’époque comprend un millier de personnes parmi lesquelles une trentaine porte un nom connu, et l’on constate la place de plus en plus faible de la noblesse qui abandonne son rôle de locomotive tandis que les écrivains et des peintres, comme Cocteau ou Picasso, le premier étant pour Maurice Sachs et ses amis l’égal de Racine, d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide, et le second Michel-Ange tout simplement, voient leur influence renforcée. L’importance du spectacle et surtout du théâtre et du ballet s’accroît et son corollaire, l’argent. Ces artistes dépensent beaucoup, gagnent bien davantage, et savent admirablement s’y prendre. Le Tout-Paris littéraire et artistique de cette époque s’applique à transformer Paris et à le vendre comme un produit de luxe.”On se dispute les duchesses, quand il en est d’assez folles ou d’assez gâteuses pour se mêler à cette compagnie. Le snobisme ”aristocratique ”et ridicule de Cocteau et de ses amis; l’acrobate Barbette, recevant ses admirateurs dans sa loge!”** Pour l’heure, Montmartre est trop vulgaire, trop populaire. Son décor miteux ne saurait convenir à cette société choisie, à moins qu’elle ne s’y déplace en bloc, en un lieu spécialement et coûteusement aménagé pour elle, et dans lequel elle se retrouve pour des spectacles de son goût. En 1926, à La Cigale, le comte de Beaumont programmera Cocteau et Picasso. En dehors d’événements parisiens, ponctuels, cette belle société déserte Montmartre. Pas de potins mondains au sujet du Moulin-Rouge. Quant au Casino de Paris, elle le fréquente, mais individuellement et sans vantardise et au promenoir avec, en tête, quelque honteux dessein.

*Elisabeth de Gramont,Souvenir du monde de 1890 à 1940, 1966 in Louis Chevalier, Montmartre du plaisir et du crime, page396, Robert Laffont, Paris, 1980. **Maurice Sachs, la Décade de l’illusion, 1923, page105, Collection Garnier Flammarion N°708, Paris, 1983.

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

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