La crise et la libération des femmes

Posted on 23 février 2013

Le chômage, la misère apparaissent avec la crise en France, en retard de deux ou trois ans sur celle des États-Unis* À l’occasion des grands scandales financiers des dernières années de prospérité, il est presque toujours question de Montmartre. C’est là que les grands escrocs français et internationaux viennent sabler le champagne. ”Alexandre Stavisky vient de s’enfuir, laissant derrière lui une foule de dupes. Il avait l’habitude d’inviter ses futures victimes dans les restaurants de nuit de Montmartre**.” À partir de la fin octobre 1929, aux scandales financiers succèdent les suicides, surtout parmi les étrangers ruinés.” Les étrangers fortunés, voire pauvres, ont toujours caressé ce rêve, vivre à Paris. Mais, aujourd’hui, voici qu’une mode macabre semble se répandre parmi les oisifs et surtout les oisives du monde entier. En une seule semaine, trois étrangères se sont suicidées, souvent sous de faux noms… elles étaient belles et s’amusaient***.” Si la plupart des Américains sont rentrés chez eux, dès les premières mauvaises nouvelles, les Russes, que la ruine des restaurants de nuit privés de leur clientèle étrangère, met au chômage, avaient déjà tendance à se suicider dans les années faciles, à plus forte raison dans cette période troublée. Malgré la disparition de quelques boîtes coûteuses qui prospéraient grâce à une clientèle étrangère, les fêtards parisiens n’abandonnent pas Montmartre. La drogue est une des raisons de cette fidélité. C’est chez ces fêtards parisiens, auxquels se mêlent les provinciaux de plus en plus nombreux qu’il faut rechercher les amateurs des plaisirs de Montmartre. Cette population vient se frotter à celle que l’on surnomme déjà les nouveaux riches****: des profiteurs de guerre, des enrichis de l’après-guerre, des exploiteurs de la vie chère qui viennent baptiser au champagne chaque nouveau paquet de millions. Le commerce de luxe et les articles de Paris dont certains fabricants, joignant l’utile à l’agréable, viennent chercher là des idées***** sont à l’image de l’époque et reflètent ces changements de mœurs.

*Le Matin, le 10avril 1931. **”La fuite du banquier londonien Lorang qui disparut avec la caisse, provoquant de nombreux suicides. On chercha Lorang dans toutes les capitales européennes. Par le plus grand des hasards, on le trouva à Montmartre, en train de souper avec de jolies femmes.” Le Figaro, le 22octobre 1929. ***Maurice Prat, Vivre à Paris, Le Figaro, le 3janvier 1933 ****En mars1924, on joue, au Sarah Bernhardt: Les nouveaux Riches. *****”Un Saccard des années 1920, en plus pressé et jusque dans le plaisir, homme d’argent et coureur d’alcôves, foncièrement égoïste et même implacable avec tous ceux auxquels il avait affaire, ne desserrant sa bourse que pour la débauche.” Léon Daudet,l’Entremetteuse, page1209, Collection Bouquins, Robert Laffont, Paris, 1987.

 

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

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