Naissance de la Commune

Posted on 17 octobre 2012

Dans ce Montmartre d’avant la guerre de 1870* c’est le plaisir qui est le dérivatif à tous les ennuis, y compris aux plus graves. Si la menace de guerre apparaît, pas la moindre allusion dans les souvenirs du Montmartre de ces années, dans la description des rues de la Butte. La guerre, on la pressent dans les récits et les documents de ces années, elle est dans la violence qui germe aussi au voisinage du plaisir.** Montmartre est le cadre de certains des événements les plus importants du soulèvement populaire. Le lieu des fêtes vulgaires ou grossières devient un décor d’histoire. ”À nous les audacieux. Dans les circonstances difficiles, il faut l’intelligence prompte et les hardiesses inconnues. À nous les jeunes. Les téméraires, – les audacieux indisciplinés deviennent nos hommes. L’idée et l’action doivent être libres. Ne vous gênez plus, ne réglementez plus, débarrassez-vous une bonne fois des vieux colliers et des vieilles cordes.”*** ”L’Elysée est transformé en atelier aérostatique pour la fabrication des ballons poste. Quant aux grisettes, elles ont fait place à une soixantaine d’ouvrières, la plupart jeunes, quelques-unes jolies et toutes mises avec une propreté coquette, machines à coudre, qui bourdonnaient, imitant, à s’y méprendre le bruit du rouet. Les ballons seront lancés sur la place, non loin des baraques où sont remisées les voitures des saltimbanques et des théâtres où les pitres faisaient la parade pendant les foires de banlieue au son d’une musique enragée. Ces jeux et ces voitures font, par le contraste, un effet assez mélancolique.”****

L’objectif est la préparation de la Commune et de ses luttes. Dans le nombre, Jean Baptiste Clément. L’Elysée Montmartre de club révolutionnaire, deviendra bientôt poste de commandement, hôpital, mouroir et morgue.

La guerre déclarée à la Prusse par Napoléon III, en juillet 1870, dès lors se succèdent, en France, les désastres militaires. Le 4 septembre, sous la poussée populaire, la République est proclamée. Un gouvernement (le général Trochu, président, Jules Favre et Jules Ferry entre autres) est chargé de continuer la guerre. Une bannière avec un cœur et la mention ”Cœur de Jésus, sauvez la France” est brodée par les religieuses de Paray le Monial, en septembre1870, et parviendra au général Trochu.260 Le colonel de Charrette, des volontaires de l’Ouest, en prendront possession par l’intermédiaire du Père Rey, recteur du sanctuaire de Saint-Martin et qui sera le premier supérieur de la chapelle provisoire de Montmartre. Mais le gouvernement, dit de Défense nationale, n’est pas décidé à la lutte armée, tandis que le peuple de Paris réclame la guerre à outrance. Le Comité central républicain des vingt arrondissements est composé de délégués ouvriers et beaucoup appartiennent à l’Internationale. Dans chaque arrondissement se sont constitués, pendant le siège, des comités de vigilance.

Deux pouvoirs s’opposent: celui de l’État bourgeois, représenté par le gouvernement du 4 septembre, celui du peuple, encore vague et incontrôlé. Les souvenirs de la révolution de 1848 sont encore vivants et subsistent malgré les mesures de coercition prises par le Second Empire. Diverses tendances vont s’affirmer dans l’action des hommes de la Commune: l’Association internationale des travailleurs (la proclamation inaugurale est rédigée par Karl Marx) formée, en France, sur l’initiative d’ouvriers proudhoniens; les blanquistes qui pensent que la révolution peut être accomplie par de petits groupes organisés en sociétés secrètes et prônent l’action violente.

Le 31 octobre, le peuple de Paris apprend l’échec de la sortie du Bourget, la capitulation de Metz et les négociations de paix. Les gardes nationaux, à l’instigation des comités de vigilance, demandent la déchéance du gouvernement du 4 septembre aux cris de ”Vive la Commune!”.

Le 7 janvier, ”L’Affiche rouge”, avec comme rédacteur Jules Vallès au nom du Comité des vingt arrondissements, réclame une attaque en masse, la réquisition générale, le rationnement et le gouvernement du peuple.

Le 22 janvier, après l’inutile et sanglante sortie de Buzenval, le général Trochu est remplacé par le général Vinoy. Les gardes nationaux réclament, devant l’Hôtel de Ville, la guerre à outrance: les mobiles bretons tirent sur la foule. Les clubs, où depuis le siège s’est formé l’esprit révolutionnaire, ainsi que les journaux républicains sont supprimés. De nombreuses arrestations sont effectuées. Jules Favre va négocier avec Bismarck.*****

Le 29 janvier, on apprend la conclusion d’un armistice qui permet l’élection d’une assemblée nationale. Les conditions sont draconiennes: désarmement de l’enceinte fortifiée de Paris, occupation des forts, paiement de deux cents millions en quinze jours, dans un premier temps.

*”En 1871, pendant le bombardement, les cafés du boulevard ne désemplirent pas et le public s’y pressait aux portes des Délassements comiques” Clément Vautel, Le Matin, le 27février 1910. **”Marx a lui aussi défini la petite bourgeoisie comme la couche sociale au sein de laquelle s’estompent conjointement les contradictions de deux classes.” Ernst Bloch, Le principe espérance, tomeII, les épures d’un monde meilleur, traduit par Françoise Wuilmart, page154, Gallimard, bibliothèque de philosophie, Paris, 1959. ***Appel aux audacieux, Le Siècle le 5septembre in Louise Michel, La Commune, histoires et souvenirs, page88, nouvelle édition, La Découverte, Paris, 1999. ****Théophile Gautier, Tableaux du siège, 1871, Œuvres, page558, Collection Bouquins, Robert Laffont, Paris, 1995. ****”Trochu qui dès le commencement a pris pour devise: Avec l’aide de Dieu pour la Patrie, est un brave breton et un vrai chrétien. Pourquoi Dieu l’aurait-il envoyé si ce n’est pour nous sauver. Le Père Olivaint a assuré à mon beau-père que ce brave général avait prié le bon Dieu pendant deux heures avant d’accepter la présidence du Gouvernement et le rôle de défenseur de Paris. Il le tenait de Madame Trochu elle-même. J’espère donc beaucoup en lui.” Lettre de Joséphine Cornudet à Paule Marcotte, le 18novembre 1870, Bulletin du Vœu National.

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

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