La postérité de la Commune

Posted on 29 novembre 2012

Premier pouvoir révolutionnaire prolétarien, la Commune de Paris, désavouée à l’époque par la bourgeoisie, même la plus libérale, a été revendiquée depuis par la gauche et l’extrême gauche.

La Commune a commis de lourdes fautes, elle n’a su ni organiser sa défense, ni lier son action à celle de la province et de la paysannerie. Les conditions économiques n’étaient pas mûres pour instaurer sur des bases socialistes la nouvelle société qu’elle entrevoyait. Par les décisions prises pour l’organisation du travail et par diverses mesures sociales, la Commune a tracé la voie à une société qui ne serait plus gérée au profit du capitalisme, dans l’intérêt de la bourgeoisie et qui déboucherait sur le socialisme. C’est à partir de faits que Karl Marx a pu écrire: ”le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera célébré à jamais comme le glorieux Fourier d’une société nouvelle. Ses martyrs seront enclos dans le grand cœur de la classe ouvrière”.

Dans leur introduction en 1872 au ”Manifeste communiste”, Marx et Engels ont reconnu l’influence importante de la Commune de Paris sur leur pensée : par l’accompagnement, l’amélioration et l’organisation de la classe ouvrière, par l’expérience pratique acquise dans la Commune de Paris, où le prolétariat a pour la première fois tenu la puissance politique pendant deux mois entiers. Un fait a été prouvé par la Commune: ”la classe ouvrière ne peut pas simplement étendre la prise des machines prêtes à l’emploi d’État, mais l’utilise pour ses propres buts”. Engels citera plus tard la Commune de Paris comme exemple de la dictature du prolétariat: ”Messieurs, voulez-vous savoir à ce que ressemble cette dictature? Regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat*.”Cependant, la Commune fut en majorité un gouvernement de “petits-bourgeois“ et l’on ne saurait trouver en germe l’idée de la dictature du prolétariat, ni même l’organisation d’un ”parti directeur de la classe ouvrière”. Anarchistes, communistes, socialistes de diverses obédiences peuvent donc à la fois se réclamer de son expérience et en dégager, par-delà l’histoire et sans la fausser, la force élémentaire d’un mythe révolutionnaire et un espoir: ”celui d’une société sans classes, où régnerait la justice sociale: une nouvelle forme d’État”. Le gouvernement des ouvriers du monde, en mêlant des influences de Blanqui ou de Proudhon, s’est développé spontanément à partir du processus de la lutte de classe. La classe ouvrière est organisée comme classe à régner, comme clef à la transition au Socialisme. Pour Marx, l’expérience a fourni des réponses pratiques aux questions théoriques:

A quoi ressemblerait un gouvernement d’ouvriers ? 

Comment emploierait-il la puissance d’état au développement du socialisme ? 

Comment d’autres classes répondraient-elles à l’état d’ouvrier ?

Même si la Commune de Paris a représenté une nouvelle forme de gouvernement, dans sa brève existence, elle se s’est jamais revendiquée socialiste. La multiplicité d’interprétations àlaquelle la Commune a été soumise prouve que c’était une forme politique maniable, mais surtout un gouvernement de classe ouvrière, produit de la lutte contre la classe dominante, une forme politique visant à établir l’émancipation économique par le travail. Excepté sur cette dernière condition, la constitution communale aurait été une impossibilité et une désillusion pourtant elle constitue le point de départ du mythe de ”l’émancipation sociale spontanée”. ”Les Batignolles, Montmartre, étaient pris, tout se changeait en abattoir”**. De même le creuset qui permet cette émergence est Montmartre. Cette instauration d’un lieu perpétue la tradition des haut-lieux, et prouve qu’ils ne seraient être que religieux, mais également laïcs. Insurrection populaire devenue en quinze jours une véritable révolution sociale, la Commune a pris de nombreuses décisions exemplaires et de portée symbolique: suppression de l’armée permanente, révocabilité de tous les responsables dans l’administration et séparation de l’Eglise et de l’État.

*Frederick Engels, 1891 introduction to Karl Marx, The Civil War in France, in Marx/Engels/Lenin, Historical Materialism, page 42, New York International Publishers, New York, 1974. **Louise Michel, La Commune, histoires et souvenirs, page 206, nouvelle édition, La Découverte, Paris, 1999.

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

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