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Après l’anéantissement de la Commune

Posted on 5 novembre 2012

La Commune de Paris a apporté au mouvement ouvrier, en même temps qu’une expérience historique concrète, la valeur explosive du mythe du combattant montmartrois. La Commune de Paris, par certains aspects, se rattache aux autres révolutions du XIXèmesiècle: 1830, 1848, et par d’autres, annonce les grandes révolutions du XXème siècle, qui d’ailleurs s’en réclament explicitement. Karl Marx, opposé tout d’abord à une révolte armée des ouvriers de Paris, se rallia, après la journée du 18mars, à la Commune. Dans La Guerre civile en France, Marx tire les conclusions de ce mouvement: ”c’était la première révolution dans laquelle la classe ouvrière était ouvertement reconnue comme la seule qui fût encore capable d’initiative sociale, même par la grande masse de la classe moyenne de Paris, boutiquiers, commerçants, négociants – les riches capitalistes étant seuls exceptés. […] La grande mesure sociale de la Commune, ce furent sa propre existence et son action. Ses mesures particulières ne pouvaient qu’indiquer la tendance d’un gouvernement du peuple par le peuple”.

Lénine, parlant des événements de 1917 en Russie, rapprochait les soviets de l’organisation de la Commune de Paris: la source du pouvoir n’est plus dans des lois préparées par un Parlement, mais dans l’initiative venant d’en bas, des masses populaires. ”Dans dix ou douze églises, montaient tous les soirs un chœur immense saluant la liberté. J’en entendis parler avec enthousiasme. Les femmes surtout y exhortaient à la liberté, mais, du 3avril à la Semaine sanglante, je ne suis venue que les deux seules fois dont j’ai parlées et pendant de courtes heures: quelque chose m’attachait à la lutte au-dehors; une attirance si forte, que je ne cherchais pas à la vaincre.”* Preuve, s’il en est besoin, que ”la collectivité est capable, au même titre que l’individualisme, de servir des fins antagonistes: le progrès ou la réaction, surtout en période de crise ou d’angoisse vitale. Il se trouvera toujours un être collectif spécifique capable de contrebalancer l’individualisme.”**

Les garanties de la ”liberté personnelle”, que le démocrate libéral propose d’intégrer dans l’égalité, s’opposent au prolétariat militant et protestataire porté par la Commune. La collectivité utopiste est soutenue par cette phrase: ”Chacun produisant selon ses moyens, consommant selon ses besoins”***. Dans la conscience révolutionnaire, ”l’être individuel et l’être collectif”, tous deux modifiés dans leur fonction propre, s’entremêlent dans un rapport des plus singuliers en se révélant en constante interaction: les individus fusionnent dans un enthousiasme collectif de courte durée.

C’est dans cette solidarité, individuelle et collective que se recueille à Montmartre, l’héritage de la Commune, dans l’orientation vers une société sans classes.

*Louise Michel, La Commune, histoires et souvenirs, page214, nouvelle édition, La Découverte, Paris, 1999. **”Dans la tyrannie démocratique, l’absence du despotisme incarné par un seul individu ne pallie pas le despotisme collectif et anonyme qui opprime et abêtit d’autant plus qu’il parvient à se glisser clandestinement dans chaque cellule de l’organisme social.” Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, 1835-1840, pages257, Collection Bouquins, Robert Laffont, Paris, 1984. ***Ernst Bloch, Le principe espérance, les épures d’un monde meilleur, tomeII, traduit par Françoise Wuilmart, page125, Gallimard, bibliothèque de philosophie, Paris, 1959.

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