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La seconde couleur de Montmartre

Posted on 11 décembre 2012

C’est de Montmartre et surtout du versant Est de la Butte qu’il est question, lors des attentats qui marquent le temps de la Terreur noire.* 

La Commune est une fête par excellence et qui réunit en elle toutes les sortes de fêtes: nuptiale de l’idole et de la Révolution; joyeuse, désordonnée, fourmillante de contrastes et de rencontres; tumultueuse, bon enfant avec les oripeaux du spectacle et des parades de foire; sauvage dans l’espace qui s’installe entre les êtres.

Dans les années, qui suivent la Commune, à Montmartre, la population parisienne soudain libérée du cauchemar se réveille. Au souhait de rattraper le temps perdu s’ajoutent une fringale et une rage de plaisir. La passion de l’action historique brutalement interrompue se métamorphose en jouissance. Jouir comme on se bat, à visage découvert, corps à corps, sans égards pour les titres et les grades, en sauvage, en barbare, en féroce, en criminel, en un mot en Montmartrois. La fête n’est plus comme avant la guerre, elle ressemble plutôt à une commémoration de la fête sauvage de la Commune, animale, féroce et impitoyable. Cette ostentation de plaisir populaire le plus cru, cette glorification de la barrière, cette parade de rôdeurs et de filles, avec les gestes, les mots de l’emploi, c’est sur cela qu’insistent les auteurs qui se remettent à décrire les bals de Paris et comparent les établissements montmartrois d’après la Commune à ce qu’ils étaient avant les événements. Les chroniques et la littérature du boulevard jointes aux notes des romanciers permettent de se faire une idée de l’évolution du plaisir dans les lendemains immédiats de l’Empire. C’est cette rage de plaisir qui s’empare du beau monde, en même temps que le peuple et qui présente chez le premier une sorte d’ignominie sur laquelle tous les contemporains s’accordent. Les traits les plus hideux, les plus grotesques s’étalent dans les documents de ces années-là. Les débuts de la IIIe République empreints de la bonne conscience républicaine et intéressée à peindre le régime précédent encore plus luxurieux donnent cette impression de dégoût que dépeignent les contemporains.

Cette implantation anarchiste se devine à la lecture des journaux. C’est évidemment la description du cabaret de Bruant qui fait le mieux apparaître ce qui rassemble le monde du plaisir et le monde de l’anarchie. On peut toujours apercevoir, sur les bancs, quelque spécimen, authentique ou bien sous la forme d’un policier déguisé en poseur de bombes**.

D’ailleurs il faut être un jeune ou un faux anarchiste pour se risquer à fréquenter le cabaret de Bruant, où s’associent le beau monde, la pègre, le vol, l’anarchie et quelquefois la terreur.

*”La Terreur noire est la période des grands attentats qui va de 1892 à1894” André Salmon, La Terreur noire, chronique du mouvement libertaire, page543, Fayard, Paris, 1959. **”La première bombe lancée en France par une main anarchiste”, ce fut, en 1882 ”au milieu des fêtards d’une boîte de nuit au sous-sol du théâtre Bellecour. Le taulier espérait s’enrichir en invitant les gens réputés ”bien” à venir s’encanailler chez lui… Il suffisait d’une enseigne crapuleuse à souhait. Le patron l’emprunta à Zola. Le bastringue lyonnais fut ”L’Assommoir” André Salmon, La Terreur noire, chronique du mouvement libertaire, page545, Fayard, Paris, 1959.

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

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