basilique®montmartre-01

La logique religieuse à la base même du lieu

Posted on 19 septembre 2012

La basilique parisienne du Sacré-Cœur de Montmartre a été longtemps l’objet d’un ostracisme culturel et idéologique*: le bâtiment était mal compris et mal situé historiquement par le grand public (dans l’opposition entre passéisme de Montmartre et modernité de la Tour Eiffel).

Montmartre dédié à Mercure, aux Martyrs et plus récemment au Sacré-Cœur de Jésus pour la France. Pour autant, hors de l’appareil architectural qui entoure la Basilique ou de la rue des Martyrs qui partant du neuvième arrondissement se termine aux pieds des Abbesses passant par l’emplacement présumé du Martyrium, la trace religieuse effleure plus Montmartre, plus qu’elle ne marque la colline. Reste les rues, porte et boulevard de la Chapelle , du Curé et de l’Évangile ainsi qu’autres saints Bruno, Luc ou cardinal Affre…

Le paysage montmartrois actuel est consécutif de la volonté des ses promoteurs d’imposer, à Paris, une empreinte religieuse, cela renvoie à deux interrogations:

Pourquoi le Sacré-Cœur est-il un Haut Lieu religieux ?

Derrière cette interrogation se profile un mécanisme d’invention tirant ses origines autant dans un registre républicain que religieux. La construction de la basilique, par Paul Abadie, un des disciples de Viollet-le-Duc, au-delà même du mouvement de l’Art Nouveau, est voulue par la majorité catholique et monarchiste, au lendemain de la Commune de Paris: édifice du rachat plus que de réconciliation.

Pourquoi le Sacré-Cœur est-il un Haut Lieu libertaire ?

Monument orgueilleux dans sa forme et dans sa position, il est un défi, au pouvoir politique républicain durant toute la Troisième République. Les querelles entre pouvoirs religieux et civil estompées, la basilique restera marquée du sceau de la volonté politique qui l’a fait naître, lourde charge pour le clergé.

Ces deux logiques, religieuse et libertaire, cléricale et/ou anticléricale ne sont pas indissociables. La Basilique est un symbole qui exprime la culpabilité de la répression Versaillaise, de la Commune et des crimes de la guerre civile au moment précis où la Nation est politiquement et socialement déchirée. Immédiatement, une partie de son opinion, la plus réactionnaire, cléricale et royaliste s’identifie avec le bâtiment. Les Catholiques de la Société Saint-Vincent-de-Paul et Monseigneur Guibert ont voulu, à l’origine, ce nouveau mouvement national de piété patriotique pour le salut de la France catholique. Une activité caritative institutionnalisée croise une conception pastorale. Le lieu choisi est traditionnel et audacieux. Ils obtiennent des catholiques au pouvoir que leur œuvre soit affirmée d’utilité publique et la propriété reconnue en la personne de l’archevêque: statut nouveau post-révolutionnaire, annonciateur du statut des Églises après la séparation. L’architecture s’enracine dans le passé et offre ainsi une synthèse originale de tous les mouvements de restauration voulus par Violet le Duc et ses successeurs et de modernismes portés pas ses détracteurs.

*L’abbé Jacques Benoist, Le Sacré-Cœur de Montmartre, Spiritualité, art et politique(1870 à 1921), Contestation, (1870-1890), Université de Paris-Sorbonne, Paris, 1991.

Related Articles:

buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

Be the first to leave a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>