Une construction dédicace au salut de la France

Posted on 5 novembre 2012

Impossible d’appréhender le Sacré-Cœur, sans comprendre qu’en parallèle de la construction de la basilique se construit une architecture plus complexe basée sur le croire: Le Christ est le point de convergence de ces deux constructions.

Les rapports entre l’État et l’Eglise sont encore peu consolidés, Rome n’est plus la Cité de Dieu, mais celle du Pape. Pour les zélateurs du Vœu, il faut s’affranchir de cet écueil: ”la souveraineté de Jésus-Christ et de son Père est plus grande que celle du peuple et de son gouvernement”. Les calamités publiques sont vues ”comme les conséquences de la séparation de l’Église et de l’État, perçues comme une séparation d’avec Dieu”. L’examen de conscience de la France des dernières décennies passe par un désaveu du pouvoir, élément constitutif de l’amende honorable. Les responsables de la vie publique font de la France un pays où règnent les malheurs, ”conséquences des jouissances illégitimes”. Les simples citoyens ou hommes politiques sont les responsables des malheurs, ”ils doivent se convertir et entraîner la France vers le Christ et s’atteler à cette tâche par l’amende honorable, l’expiation, la réparation*, pour la pénitence des pécheurs suscitant la repentance de Dieu à leur égard** et la recherche du royaume de Dieu.”***  Les Catholiques du Vœu National, au nom de la France réclament un acte expiatoire, en accord avec les volontés divine et humaine. L’expiation, cet autre terme du langage religieux est employé pour qualifier l’œuvre du Vœu National. ”Qu’il soit premier ou second, le caractère expiatoire de la construction du Sacré-Cœur est certain”.

Si le Sacré-Cœur a été construit en expiation des crimes de la Commune, il faut en préciser deux aspects:

1/ d’une part, pour importantes et graves qu’aient été les fautes de la Commune, les promoteurs ne se sont pas déterminés uniquement par rapport à elles ;

2/ d’autre part, il ne s’agit pas pour eux de ”faire expier leurs crimes aux communards, mais d’expier eux-mêmes ces crimes comme le Christ a expié les péchés des hommes”.

Ce caractère s’est affirmé avec le temps, encore qu’il ne fut pas primordial dans la problématique des promoteurs. L’expiation laïcisée n’a pas de valeur spirituelle aux yeux des promoteurs du Sacré-Coeur. Il s’agit pour eux d’expier leurs péchés et les péchés des autres au sens de ”se venger ou d’humilier le peuple de Paris” par une offrande volontaire.

*”Gloire à Dieu qui se manifeste de mille manières, et qui prend sa base d’opération dans l’âme des petits et des humbles. Dieu est patient parce qu’il est éternel, a dit saint Augustin, mais, Messieurs, il arrive une heure où la patience divine est lasse.” Hubert Rohault de Fleury, Bulletin du Voeu National, 1910, page 105. 339**”Nous avons scandalisé l’Europe entière par ce déplorable goût de cynisme qui est un des vices de la nation française, et nous avons perdu les anciennes qualités, le dévouement, l’esprit chevaleresque, le désintéressement, la sobriété, la délicatesse de l’esprit. Enfin, nous sommes une nation impénitente.” Alexandre Legentil, journal octobre 1870, cité par le Père Bony, Vie et oeuvre 1893, page 212 in Pierre Benoist, le Sacré-Coeur de 1870 à nos jours, page 148, Patrimoine, Les Editions Ouvrières, Paris, 1992. ***”Seigneur, vous nous avez dit : Cherchez d’abord le Royaume de Dieu, et tout le reste vous sera donné par surcroît […] C’est justement dans ce domaine que la France a péché. Nous avons offensé votre justice, Seigneur, et notre nation vous a été infidèle. Comblée de vos bienfaits, elle les a oubliés ; elle a voulu vivre loin de vous […] Ce péché, pour ainsi dire national, a amené sur nous, Seigneur, les fléaux dont nous gémissons. C’est à cause de lui qu’a été humiliée, vaincue cette France, si longtemps triomphante alors qu’elle se vantait d’être la fille aînée de l’Église.” Adolphe Baudon, Lettre du 16 septembre 1870 à Joseph Marcorte, Bulletin du Voeux National, 1886, page 784 à l’occasion de la bénédiction des deux absides.

Related Articles:

buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

Be the first to leave a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>