Les possibilités parisiennes du lieu

Posted on 14 novembre 2012

Dans les six premiers mois de 1872, Monseigneur Guibert consulte en secret et demande à Legentil et Fleury de procéder à divers repérages.

Pour le Comité, le problème est d’importance, il est hors de question de bâtir une église dans laquelle les cérémonies de mariage et d’enterrement détourneront la vocation expiatoire du monument. Si la colline du Trocadéro possède un passé symbolique, il doit plus à la politique qu’à la religion, cela ne pouvait tenir devant celui de la butte Montmartre.

En juin1872, Hubert de Fleury visite Belleville, et plus particulièrement la rue Haxo, lieu d’exécution des otages de la Commune, à l’est de Belleville sur les fortifications. Belleville, un lieu sans évidence symbolique. ”L’exécution de ces nouveaux martyrs, a frappé les esprits et l’anticléricalisme a meurtri la foi fervente des promoteurs du Vœu. Belleville est le fief de Léon Gambetta, et sera donc une terre de mission”. Mais, le site ne l’enthousiasme pas. ”Je suis allé rue Haxo; c’est terriblement loin […] Mais l’église ne serait pas vue de Paris. Le tertre n’est pas au sommet de Belleville, mais sur le versant qui s’abaisse du côté des fortifications. La flèche et le dôme s’apercevraient seuls, de Paris […] Cet emplacement n’est vraiment pas possible. L’église la plus monumentale établie sur le terrain de la rue Haxo ne serait pas visible de Paris et l’éloignement rendrait ce pèlerinage peu fréquenté […] Il faut que les sens soient frappés.”Belleville est l’une des collines de Paris, mais elle ne le surplombe pas comme Montmartre. C’est pourtant pour ces mêmes raisons, la recherche d’un symbole fort, que l’archevêque de Paris penche pour le sommet de la butte Montmartre. Les Jésuites en 1872 achèteront le terrain et y planteront une croix.

Malgré les souvenirs, détruits à la Révolution, les principaux membres du Vœu visitent le terrain et la crypte où saint Denis, saint Rustique saint Eleuthère, ont été ensevelis et où Ignace de Loyola a prononcé ses vœux. Pourtant, le lieu pose problème: il ne domine pas Paris.

Le Montmartre du haut, c’est à lui que l’on pense quand on parle de Montmartre. Pourquoi l’église Saint-Pierre, au passé prestigieux n’accueillerait-elle pas un nouveau sanctuaire? Il faudrait réparer l’abside en ruine sur laquelle avait été construit en 1795 le télégraphe aérien de Claude Chappe et réunifier l’église morcelée avec d’une part, le chœur des Dames, désaffecté et d’autre part, la nef avec un clocher dans le cimetière. Mais un bâtiment neuf ne s’harmoniserait pas forcément avec une construction ancienne.

Le 2 août 1872, Monseigneur Guibert évoque le sommet de Montmartre, à côté de Saint- Pierre.** ”Le cardinal méditait, sur les motifs de choisir cette montagne; tout à coup, le soleil chassant les nuages découvre Paris tout entier […] c’est ici, s’écrie-t-il, c’est ici que sont les martyrs, c’est ici que le Sacré-Cœur doit régner […] Apercevant à sa gauche le mont Valérien […] Monseigneur Guibert dit encore: Voici la montagne de la poudre à canon, nous lui opposerons la montagne de la bénédiction.”*** Un mois plus tard, le concept se précise: il s’agira d’une église autonome desservie par des religieux, mais difficulté majeure, aucune décision ne peut-être prise: les terrains appartiennent à la Ville et à des particuliers. Thiers qui a l’intention de bâtir une forteresse sur l’emplacement**** se rend à Montmartre à la requête du prélat.

*Alexandre Legentil, lettre en date du 2juin1872 de Léon Cornudet à Alexandre Legentil, Origines et mission de la basilique de Montmartre, 1953, Montmartre N°202, page16, Collection de Vassal-Montvie.**”L’emplacement de la vieille église de Montmartre serait merveilleux. Elle domine tout Paris; elle serait au nord ce qu’est Sainte-Geneviève au midi.” Louis Cornudet à Henry de Fleury, Bulletin du Vœu National le6juillet1872. ***Lettres du 2 et du31août1872de Henry Rohault de Fleury à Alexandre Legentil. ****”Cette idée d’un fort sur la butte était très répandue. On la trouve jusque sous la plume de Marx qui conseille à la Commune de fortifier le côté nord de la butte Montmartre.” Walter Benjamin, Paris capitale du XXème siècle, page935, Cerf, Paris, 1935.

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

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