En 1876

Posted on 22 novembre 2012

Les références aux événements du 18mars 1871* se multiplient et bien plus encore, dans la décision d’ouvrir le chantier le 26mai 1876, date qui coïncide avec le cinquième anniversaire de l’exécution des otages de la Commune. ”Dans la rue des Rosiers, non encore débaptisée, on montrait les planches rougies de sang contre lesquelles le général Clément Thomas avait été appuyé et les traces de balles qui l’avaient frappé**.” Les processions ne font que passer près des murs témoins des scènes du 18mars 1871 pour aller sur le chantier au chevet de Saint-Pierre, ”l’église du Vœu national allait précisément remplacer les fortifications improvisées par la révolte***.” Bâtir une église et proposer à la France publiquement hostile à la foi chrétienne de mettre son espérance dans le Cœur du Christ étaient des paris fous. Plus de cinq ans se sont écoulés depuis le Vœu National et l’ex-voto de pierre ne sort toujours pas de terre. Pourtant la souscription a été couronnée de succès.Le cardinal Guibert a, le 26mai 1876, adopté la solution la plus sûre, la plus coûteuse et la plus longue pour les fondations de la basilique: soixante-dix-neuf piliers de maçonnerie de trente- trois mètres de haut reposeront sur la couche de gypse de la colline. Parallèlement, la ville de Paris doit aménager les terrains, plus de cinquante ans seront nécessaires pour réaliser les abords paysagers du Sacré-Cœur.

Quand l’édifice sort de terre, il faut choisir le type de pierre à utiliser. La pierre blanche de Château-Landon ou de Souppes est qualifiée d’idéale, son grain ferme, serré est tel qu’il ne retient pas la poussière et que la pluie la lave. Le Sacré-Cœur peut enfin s’élever dans le ciel de Paris, et capturer le jour. Quand les travaux commencent le maréchal de Mac Mahon démissionne. Il est remplacé par le républicain Jules Grévy.

En contrepoint du Montmartre de la prière et de la pénitence Paul Féval souligne: ”Pigalle offre ce spectacle peut-être unique au monde, celui d’avoir une caverne du mal aux flancs d’une colline sainte, le péché dans les soubassements d’un temple****.” À une vie champêtre diurne s’ajoute une vie de cabaret nocturne: les pèlerins adorateurs envahissent la butte à la nuit tombée. En ce début de siècle, on constate une certaine influence et une réelle attirance entre ces deux univers disparates: l’hédonisme et la mystique de Montmartre. Animateurs de revues musicales ou Religieux de la butte, ils participent tous d’un même courant d’exaltation et de glorification de Montmartre, ”un de ces lieux favorisés où souffle l’esprit*****”.

Un curieux rapprochement est tenté pour conjoindre la recherche de plaisir et son expiation.

*Cette même année paraît une des premières histoires de la Commune: celle de P. O. Lissagaray. Les exécutions du dimanche 28mai à Montmartre y sont racontées comme celle d’Eugène Varlin, relieur, membre de la Commune et fondateurs de la Première Internationale, qui avait tenté de sauver la vie des otages, rue Haxo.Cette première publication sera suivie d’une plaquette de Paul Féval, qui nous porte à croire que le romancier n’a pas fait une enquête sur les circonstances du choix du lieu mais force la note sur la violence inhérente à la Commune. **”Le mont des Martyrs n’en a pas de plus glorieux. Qu’il soit, lui aussi, enseveli dans le grand cœur de la classe ouvrière […]. Il fut aux barricades jusqu’au bout. Ce mort-là est tous aux ouvriers.” Père Lissagaray in Paul Vallin, Le Sacré-Cœur et la culture politique, page362, Christus, le 2juillet 1988. ***Bulletin du Vœu National, 1876, page74. ****Paul Féval, Le Denier du Sacré-Cœur, page67 et124, Société générale d’édition, Palmé, Paris, 1878. *****Louis Chevalier, Les ruines de Subure, Montmartre de 1939 à 1980, page89, Robert Laffont, Paris, 1985.

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

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