Trente ans d’opposition

Posted on 6 janvier 2013

Pendant trente ans, ceux qui se considéraient comme des pèlerins et des adorateurs ont prié dans une église en construction et les touristes ont été à même de percevoir la concrétisation de leur active prière. Les chapelains ont tenu à ce que la chapelle provisoire, puis la basilique, où se pratique dès 1885, l’adoration perpétuelle, soient ouvertes au plus grand nombre même si pour d’autres, elle est ”odieusement envahie par les touristes ou d’infâmes bourgeois venus uniquement pour se promener, non sans insolence et goujatisme. On aimerait à les tuer.”Montmartre devient un nouveau lieu de pèlerinage, celui de la Capitale de la France. Les responsables des centres de pèlerinages cherchent à attirer leurs contemporains, individuellement ou en groupe. Les prêtres définissent leur mission comme une nouvelle évangélisation de la France et comme le renouvellement du baptême de la France, les pèlerinages tenant du mouvement spontané en réponse à des manifestations surnaturelles (apparitions, miracles,). En 1889, l’année de l’Exposition universelle, trente-deux millions de visiteurs sont accueillis à Paris, deux cent quatre-vingt mille cartes d’entrée sur le chantier de la basilique sont vendues. La visite du chantier de la basilique exerce un attrait considérable. ”L’Exposition de 1889 a servi d’une façon providentielle les intérêts du Sacré-Cœur. Dans la France entière, nous pour- rions dire dans l’univers, on entendait retentir ce cri: A l’Exposition! Mais une fois à Paris, presque tous disaient: Allons à Montmartre!”** Henry de Fleury obtient qu’on engage des travaux alors que la caisse est vide pour que le chantier fonctionne et puisse recevoir des visiteurs. Les souscripteurs y voient un signe concret du relèvement spirituel de la Patrie: le travail des hommes dans la foi est le symbole de l’action de Dieu en ce monde; le merveilleux au Sacré-Cœur est le Sacré-Cœur lui-même qui s’élève dans les airs malgré toutes les adversités. Vers la fin du siècle, un véritable engouement se manifeste pour la butte, pour ”le Montmartre du plaisir et du crime”, mais aussi favorisé par le ”zèle apostolique.”***

*Léon Bloy, Journal du 24avril 1905, Bulletin du Vœu national. **Bulletin du Vœu national, 1889, page454. ***”Tous y vont, tous iront! Montmartre devient ainsi un Paradis spécial que de Carpentras à Quimper tout voyageur de nos départements veut voir, et admire. J’ai été à Montmartre, dit-il, en rentrant chez lui, que ce soit le croyant, l’amateur, ou l’artiste. Tous y vont, tous iront. Je constate la chose, et cela m’a semblé mériter d’être signalé.” Bulletin du Vœu national, 1894, page624. 

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buchblock_Page_001Montmartre, contribution à une géographie de l’imaginaire de lieux ritualisésle livre de Frédéric Rossi-Liegibel, n’est pas un travail d’historien, d’ethnologue, de sociologue ou de géographe mais un éclairage sur les relations humaines spécifiques au lieu, sur les rites sociaux initiés par les pratiques de chacun qui perdurent encore aujourd’hui. Ce livre est disponible ici.

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