L’Empire

Posted on 26 août 2012

Tout ce qui appartient au passé devient suspect et seule importe la vision de l’avenir. L’Empire s’attache à remplacer les noms politiques. L’aspect le plus visible est l’invasion de Paris par les noms d’officiers et de batailles (par exemple: Championnet, Cavalotti)*. Le Bureau Central propose, au Département de la Seine, en juin 1799 ”comme mesure utile au public, de changer les noms des rues qui ont la même dénomination, et d’y substituer ceux qui rappelleraient le souvenir de nos victoires et des grands hommes qui illustrèrent la République”. Pourtant, la motivation, ”l’amour du bien public”, c’est-à-dire le renforcement de la République plutôt que l’effacement de l’Ancien Régime, oblige, Bonaparte à avancer avec une prudence extrême. Il accepte donc ces contraintes sans abandonner sa propre idée: renouveler la politique révolutionnaire dans une seule dimension: le nationalisme. Sa vision diverge de celle des hommes de 1793-1794, pour qui, le national est inséparable du social. Pour Bonaparte, un tel nationalisme est inconcevable, la Nation et son histoire ne font qu’un: la glorification du présent passe par la commémoration du passé. Le système honorifique national, lancé en 1779, est définitivement instauré. Bonaparte met en place son propre système, sans ”continuité” avec la tradition révolutionnaire: la restauration de l’épithète saint/sainte aux noms anciens, suite au Concordat.

Le système révolutionnaire est devenu une sorte d’anachronisme dans une ville dominée par les noms des maréchaux et des batailles. Cette année voit la disparition du calendrier et de tous les slogans révolutionnaires. Seuls les noms historiques et acceptables sont épargnés à l’occasion de cette grande purge, suivie du rétablissement des noms prérévolutionnaires des sections de Paris. Ce n’est pas en débaptisant les voies qu’excelle Napoléon, mais dans la construction de rues, de places, de quais, de boulevards qui glorifient son nom et commémorent ses hommes et ses exploits (Junot; Lepic; Letort; Moskova; Ney). La ville est le lieu géographique, mais aussi le lieu symbolique de l’absolutisme**. En 1814, les alliés envahissent la France. La captale ne dispose d’aucune fortification.

C’est au nord de la butte que la cavalerie du général Belliard affronte l’ennemi. Complètement dévastée, la butte est livrée aux soldats russes. Durant les Cent Jours, on fortifie la colline par deux cents canons commandés par le général Desfourneaux. Il en fait une citadelle imprenable qui n’aura pas à résister. La capitale se rend sans combat etles Anglais occupent alors Montmartre pour six mois.

* Figures révolutionnaires:d’Angers; Barbès; Belliard; Cavallotti; Championne; Thermidor. ** ”Tableau des changements à faire dans les dénominations des subdivisions de Paris”, Archives de la Seine, Dictionnaire topographique, historique et étymologique des rues de Paris”, Paris, 1812, in Daniel Milo, les Lieux de Mémoire, Quarto I, La Nation, page1901, Gallimard, Paris, 1997. Figures impériales: des Amiraux; Boinot; Caulaincourt; Christiani; Custine; de la Défense; Duhesme; Junot; Lepic; Letort; Moskova; Ney; Norvins; Ordener; Pajol; Simplon. L’œuvre d’urbanisme de l’Empire s’est limitée à Paris, la capitale servant de métaphore du pouvoir. 

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